Aujourd’hui, j’aimerais parler du Mouvement démocratique de Gwangju, aussi appelé le soulèvement démocratique du 18 mai.
Plus précisément, il s’agit d’un mouvement démocratique qui s’est déroulé à Gwangju du 18 au 27 mai 1980.
Après avoir parlé de la Guerre de Corée il y a quelque temps, un membre m’a dit qu’il aimerait également en apprendre davantage sur le mouvement démocratique de Gwangju. Cela m’a poussé à me poser une question : connaissais-je réellement bien l’histoire contemporaine de la Corée ?
Quand j’étais adolescente, j’aimais beaucoup l’histoire. Pourtant, de manière assez étrange, la partie consacrée à l’histoire contemporaine arrivait toujours à la fin de l’année scolaire, juste après les examens importants. Même les professeurs d’histoire restaient prudents, car ces sujets pouvaient facilement être liés à la politique actuelle. Ils hésitaient parfois à exprimer certaines vérités ou opinions. Résultat : nous passions souvent rapidement sur cette période, et j’ai finalement dû apprendre une grande partie de l’histoire politique moderne coréenne par moi-même, bien plus tard.
Heureusement, les nouvelles générations étudient aujourd’hui l’histoire contemporaine de manière beaucoup plus approfondie à l’école.
Parler de politique reste quelque chose de délicat. Malgré cela, j’espère que ce texte pourra aider à mieux comprendre l’histoire politique et démocratique de la Corée.
Le contexte politique de l’époque
Pour résumer très simplement le contexte de cette période :
- Le 26 octobre 1979, le président Park Chung-hee (박정희)est assassiné, mettant fin à la dictature du régime Yusin.
- Dans le pays, l’espoir d’une démocratisation grandit.
- Mais le 12 décembre 1979, un groupe militaire mené notamment par Chun Doo-hwan (전두환) prend le pouvoir à travers un coup d’État militaire.
- En mai 1980, la loi martiale est étendue à tout le pays.
- Les universités ferment, les activités politiques sont interdites et le contrôle des médias se renforce.
En réaction à cette situation, le 15 mai 1980, plus de 100 000 étudiants et citoyens se rassemblent devant la gare de Séoul pour réclamer la démocratie. Cet événement est connu sous le nom de Retrait de la gare de Séoul.
Le mouvement démocratique de Gwangju (광주 민주화 운동)
Quelques jours plus tard, le 18 mai 1980, des manifestations étudiantes éclatent à Gwangju. L’armée intervient avec une grande violence, ce qui pousse de nombreux habitants à rejoindre le mouvement. La répression militaire fera environ 200 morts, des milliers de blessés et de nombreux disparus. Mais des associations, chercheurs et certaines enquêtes locales avancent des chiffres beaucoup plus élevés.
Ce qui rendit cette tragédie encore plus terrible, c’est que les violences de l’armée ne visaient pas uniquement les manifestants, mais aussi des citoyens totalement innocents. Des étudiants qui marchaient simplement dans la rue, des employés ordinaires, et même des personnes âgées sorties devant chez elles furent battus ou perdirent la vie sans même comprendre ce qui se passait.
À cette époque, il n’existait ni Internet ni smartphones. Le gouvernement pouvait donc contrôler les médias, manipuler les informations et dissimuler certains faits. Beaucoup estiment aujourd’hui encore que le nombre réel de victimes était probablement plus élevé.
Les événements de Gwangju furent longtemps mal connus dans le reste du pays, et certains médias présentaient même les manifestants comme des émeutiers ou des personnes liées à des forces pro-nord-coréennes. Avec le temps, la vérité sur les violences commises par l’armée a fini par émerger, et cela a profondément marqué le mouvement démocratique coréen.

Parmi les films et dramas les plus connus sur cette période, on peut citer :
- May 18 (화려한 휴가)
- A Taxi Driver (택시운전사)
- 26 Years (26년)
- Kim-Gun (김군)
- Youth of May (오월의 청춘)
- Sandglass (모래시계)
Une époque sous tension
Après la guerre, la Corée du Sud est restée pendant longtemps dans une relation de forte tension avec la Corée du Nord. Jusqu’aux années 1980, l’éducation anticommuniste et les entraînements militaires à l’école faisaient partie du quotidien.
Certaines personnes racontaient même rêver d’une invasion nord-coréenne. Cette peur de la guerre était profondément ancrée dans la société coréenne, et les pouvoirs politiques ont parfois utilisé cette peur.
J’ai moi-même connu cette époque durant mon enfance. À l’école, les professeurs nous demandaient parfois de rentrer rapidement à la maison à cause des manifestations. Il arrivait aussi que l’odeur des gaz lacrymogènes atteigne les environs de l’école et provoque une sortie anticipée des élèves. À cet âge-là, je ne comprenais pas vraiment ce qui se passait, mais avec le recul, je réalise à quel point la société coréenne traversait une période intense dans sa lutte pour la démocratie.
Dans l’histoire coréenne, notamment durant la dynastie Joseon, les opposants au pouvoir étaient souvent accusés de complot ou de conspiration contre le roi afin de justifier leur répression. Plus tard, dans la Corée moderne, les mouvements de protestation furent eux aussi parfois présentés comme des menaces liées à la Corée du Nord. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles les notions de gauche et de droite restent encore aujourd’hui liées à la question nord-coréenne dans le débat politique coréen.
Une démocratie en progrès
Cependant, nous vivons désormais à l’époque d’Internet et des smartphones. Il est devenu beaucoup plus difficile de contrôler totalement l’information. Bien sûr, les fausses informations existent toujours, mais les citoyens sont également nombreux à chercher, vérifier et contester les manipulations.
La mobilisation citoyenne a notamment joué un rôle important dans les procédures de destitution des anciens présidents Park Geun-hye (박근혜) et Yoon Suk-yeol (윤석열).
Même si la politique coréenne reste imparfaite et souvent traversée par des scandales, la volonté des citoyens de lutter contre la corruption et les abus de pouvoir demeure très forte.
En héritant du combat des générations précédentes qui ont résisté aux dictatures, les citoyens continuent aujourd’hui encore d’exprimer leurs opinions à travers des manifestations pacifiques, comme les célèbres rassemblements aux chandelles (촛불시위).
La politique parfaite n’existe probablement pas, mais tant qu’il existera des citoyens refusant d’abandonner la démocratie, je crois que la démocratie coréenne continuera à mûrir et à progresser.

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Bonjour,
Merci Eunhee c’est toujours une richesse supplémentaire résumée avec respect, générosité et bienveillance, récits historiques qui aident à comprendre cette Corée actuelle.
Bienvenue à Vivian au club des plus âgés …..?
Sylvette
merci infiniment de nous aider à mieux connaitre votre histoire
Vous êtes un peuple résilient Je continue par mes lectures à mieux vous connaitre
Par contre j’ai manqué votre article sur la guerre de Corée face à la chine et la tentative d’invasion du nord
Pourriez vous me conseiller un livre qui parle vérité de cette période
L’année dernière j’ai visité le cimetière de l’ONU, j’étais très émue
J’ai appris depuis qu’il y en a un autre pas très loin de Séoul ou un contingent français y repose et que certains qui sont revenu ici demandent à y être enterrrés
pourriez vous remettre en ligne votre article Merciparavance
votre lectrice la m
plus âgée : vivian e
coïncidence, je suis en pleine lecture de « Celui qui revient » de Han Kang qui traite justement de cet épisode de l’histoire coréenne. C’est une lecture un peu rude mais tellement bien écrite.
Inspirée par le livre de Han Kang (Les actes humains) j’ai voulu aller à Gwangju en avril dernier. J’ai visité le cimetière dédié aux victimes du soulèvement de 1980. Le taximan qui nous y a conduit a dit qu’il avait un ami qui reposait là. C’était émouvant. J’ai aussi visité le Jeonil Building 245. J’ai pleuré. C’est une triste histoire 😢 pleine d’espoir, mais quand même triste ☹️
Merci pour cet article
Très intéressant j’ai beaucoup aimé le lire et un peu comprendre l’histoire de la Corée. Merci beaucoup
bonjour
j’ai vu « Youth of may » au festival du film coréen à Paris en octobre dernier. film poignant sur la contestation et la force de la répression ainsi que sur les méthodes policières terribles (tortures etc) de cette époque.
merci pour cet article Eunhee !
Il est vrai que les dramas me font rêver, cependant il est aussi vrai que la vie en Corée est loin d’être paradisiaque (pour moi).
Son histoire m’aide a mieux comprendre ce pays. Merci.
Article très intéressant merci beaucoup !
Excellent article. La démocratie, bien qu’imparfaite, est chose fragile et menacée qui peut encore s’améliorer. L’histoire récente de la Corée du Sud est une leçon de résilience pour la démocratie dans le reste du Monde.
Article très intéressant!! Une page de l’histoire coréenne que je ne connaissais pas. J’ai pourtant vu plusieurs documentaires sur la Corée, notamment sur la guerre de Corée, l’histoire du soju, la cuisine coréenne et d’autres, mais c’est la première fois que j’entends parler de cet important événement. Merci beaucoup.
Bonjour Laurent,
Je partage votre avis sur l’article d’Eunhee (merci Eunhee !).
Où trouvez-vous les documentaires que vous mentionnez ?