Aujourd’hui, nous faisons un petit point historique avec vous, à l’occasion du 1er mars, un jour emblématique de la lutte coréenne pour l’indépendance face à l’occupation japonaise. Le 1er mars est appelé « Samiljeol » 삼일절 et est le premier jour à avoir été déclaré férié en Corée du Sud, en hommage au Mouvement pour l’indépendance ayant eu lieu le 1er mars 1919.

1 – Contexte et histoire de l’occupation japonaise de la Corée

En 1905, le Japon commence sa colonisation de la Corée en établissant un protectorat, avant de se radicaliser en août 1910 lors de la signature forcée par les Japonais d’un traité d’annexion de la Corée. Dès lors, le Japon exerce une autorité brutale et désastreuse sur les Coréens. Ceux-ci se trouvent peu à peu soumis économiquement comme culturellement… Interdiction de l’apprentissage de la langue coréenne et imposition du japonais, utilisation des ressources coréennes au profit du Japon, mais aussi des hommes transformés en main d’œuvre ou en soldats et des femmes en esclaves sexuelles…

Le contexte gravissime dans lequel se trouve la Corée sous l’emprise du Japon ne prendra fin que le 15 août 1945, lorsque le Japon capitule enfin sans condition, sous la pression internationale, à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. C’est à ce moment que la Corée est divisée en deux zones : la Corée du Nord, administrée par l’Union Soviétique, et la Corée du Sud, par les États-Unis.

2 – Mouvement du 1er mars 1919 : Samiljeol 삼일절

Au cours de ces 35 années de domination japonaise, le 1er mars 1919, appelé Samiljeol, reste aujourd’hui symbolique de la résistance coréenne face à l’oppresseur. En effet, ce jour marque le premier soulèvement majeur en faveur de l’indépendance du pays.

Les origines de Samiljeol

Le mouvement naît progressivement et a pour origines :

  • La volonté de plus en plus marquée des Coréens de protester contre l’occupation japonaise et les violences faites à leur peuple ;
  • Le discours du Président des États-Unis Woodrow Wilson, lors de la Conférence de la Paix à Paris, organisée par les vainqueurs de la Première Guerre Mondiale. Ce célèbre discours en 14 points introduit la notion du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes », ou « droit à l’autodétermination », qui stipule que le peuple doit pouvoir décider de la forme de souveraineté qui le gouverne.
  • Plus immédiatement et concrètement, l’impulsion est donnée au mouvement lors de la mort du dernier roi de la dynastie Joseon, Kojong, le 21 janvier 1919. Très vite, la rumeur se répand qu’il aurait été empoisonné par le gouvernement japonais. Son enterrement est prévu le 3 mars.

Déroulement du 1er mars 1919

C’est alors que 33 résistants, issus des trois grandes religions de la Corée à cette époque (le bouddhisme, le protestantisme et le Cheondoïsme), décident de lire la Déclaration d’Indépendance de la République de Corée qu’ils ont préparée dans les mois précédents. Ils agissent pour cela depuis un restaurant, par prudence, pour éviter d’être exposés à la police japonaise.

Mais au même moment, un étudiant qui attend le groupe de résistants monte sur une estrade dans le Parc de la Pagode de Séoul pour lire le texte devant de nombreuses personnes, qui reprennent alors en cœur : « 대한독립 만세! », autrement dit : « Vive l’indépendance de la Corée ! ». La situation dégénère et de nombreux participants à cette manifestation sont poursuivis par les forces japonaises, tués, blessés ou emprisonnés.

3 – Après le 1er mars 1919 en Corée

Mais Samiljeol, le mouvement du 1er mars, ne s’arrête pas là, et entraîne avec lui plusieurs villes de Corée et même du monde, où des centaines de rassemblements pacifiques ont lieu, avec a priori un total allant jusqu’à 2 000 000 de participants.

Le bilan humain est lourd, et on dénombrerait 7000 personnes tuées lors des répressions japonaises, mais aussi des milliers de blessés dont beaucoup périront de leurs blessures, et plus de 45 000 arrestations, suivies de tortures et d’emprisonnements…

Mais grâce à la montée en puissance de ces mouvements, même si la Corée ne retrouve pas son indépendance avant 1945, les Japonais sont obligés de revoir le cadre de leur domination pour aller vers un apaisement.

4 – Yu Gwan-sun, figure de Samiljeol et de la résistance

Devenue la « Jeanne d’Arc de Corée », Yu Gwan-sun a reçu l’Ordre du mérite pour la fondation nationale à titre posthume, en 1962. Cette lycéenne a connu un destin tragique mais, sans aucun doute, décisif pour la liberté du peuple coréen. En effet, elle faisait partie de la manifestation du 1er mars 1919 avec ses parents, qui se font alors assassiner par la police japonaise sous ses yeux.

Un mois plus tard, depuis sa ville natale, Cheonan, elle mène de nouvelles manifestations pour l’indépendance, qui réunissent plusieurs milliers de participants. Malheureusement, elle est arrêtée et enfermée dans la prison de Gongju. Au début de l’année suivante, elle tente d’organiser, depuis sa cellule, la première commémoration du 1er mars 1919. Mais elle finit par mourir quelques mois plus tard en prison, le 12 octobre 1920, à la suite de tortures ignobles des forces japonaises.

Plusieurs hommages ont été rendus à la jeune femme, notamment dans sa ville d’origine à Cheonan : une statue qui la représente, mais aussi sa tombe ou encore son portrait…

Aujourd’hui, la Déclaration d’Indépendance de la Corée est toujours lue à Séoul, au Parc Tapgol, chaque année, le 1er mars.

Publications similaires

2 commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *